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Accueil du site > Pollution > Une situation critique > L’air dans les villes > Tirana, ville la plus polluée d’Europe ?
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![]() Par Artan Puto, traduit par Mandi Gueguen
Un récent article du quotidien londonien The Guardian révèle que Tirana est la capitale la plus polluée d’Europe. Parmi les principales causes, figurent l’utilisation de vieilles voitures, les routes urbaines endommagées, les constructions massives, l’absence d’espaces verts, les combustions illégales d’ordures. L’air de Tirana est dix fois plus pollué que le seuil minimal défini par l’Organisation Mondiale de la Santé.
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L’article anglais a ravivé un débat longtemps oublié dans la presse albanaise, et peut-être jamais pris en compte de manière satisfaisante. Ce débat est devenu incontournable, vu la pollution de l’air de Tirana. Selon les experts, chaque habitant respire jusqu’à 40 kg de poussières par an. La capitale albanaise a subi ces quinze dernières années d’énormes changements. Jusqu’en 1990, à la chute du régime communiste, la ville ne comptait que 250 000 habitants, contre plus de 800 000 aujourd’hui, banlieue comprise. D’une ville jadis dominée par les bicyclettes, avec 2 000 voitures dans tout le pays, toutes officielles, on est passé aujourd’hui à plus de 100 000 automobiles qui circulent dans Tirana. Sous l’ancien régime, les émissions de gaz provenaient pour la plupart d’usines fermées depuis. Aujourd’hui, la quantité de poussières et de fumée dans l’air est majoritairement émise par les voitures, dont 90% ont plus de 10 ans. 70% des voitures utilisent du diesel, et 30% de l’essence. La moitié des voitures à essence utilise encore de l’essence au plomb, remplacée dans les pays de l’UE par de l’essence dite « écologique », sans plomb. Le trafic de Tirana, où la plupart des rues remonte à l’époque des bicyclettes, représente un cauchemar toujours plus inquiétant avec un nombre de voitures en constante augmentation. L’autre facteur qui influe sur la pollution urbaine relève du secteur de la construction, qui a connu ces dernières années un développement sans précédent. Depuis que la municipalité de Tirana est placée sous la direction du jeune maire Edi Rama, ces quatre dernières années, la ville a subi des changements évidents. Les principaux axes routiers de la ville ont été réaménagés. D’un autre côté, la ville manque d’un plan d’aménagement, le dernier plan de ce type datant de 1989. Un bureau d’architecture français projette un plan pour le centre de Tirana qui est censé rendre la ville plus ordonnée. Le fléau des constructions incontrôlées Un des problèmes majeurs de la capitale albanaise concerne les constructions massives et incontrôlées. Ces constructions ne respectent pas la perspective du développement urbanistique de Tirana, en détruisant même les espaces verts, jadis présents entre les vieux immeubles de l’ère communiste. La construction à Tirana semble être une activité fort lucrative que personne ne peut arrêter ni discipliner. Cette question fait douter de la possibilité même de vivre dans la ville. L’expansion du secteur de la construction n’a pas été accompagnée de mesures protégeant l’environnement. Les nouvelles constructions sont habituellement entourées de routes endommagées par les travaux et qui le restent pendant longtemps. Dans un article paru dans Panorama le 30 mars, intitulé « Ruka : tous les immeubles et toutes les fabriques seront contrôlées », le ministre albanais de l’Environnement, Ethem Ruka, explique que son ministère constituera rapidement des groupes d’urgence pour inspecter les installations en construction. Les contrôles devront révéler si ces installations respectent les règles fixées par le ministère de l’Environnement pour la sauvegarde de l’air et pour la prévention de la pollution dans la ville. Selon le ministre, chaque installation en construction doit être munie d’un permis délivré par le ministère de l’Environnement, qui définit la norme à respecter. La tâche des inspecteurs contrôleurs comprendra la consultation et la sanction, qui pourra aller jusqu’à la suspension de l’activité, dans les cas extrêmes. D’autre part, le ministre de l’Environnement admet qu’il n’existe aucune collaboration entre son ministère et la Mairie de Tirana. Il met aussi en cause le ministère des Transports, responsable du trafic routier dans la capitale. Selon Ethem Ruka, le ministère des Finances devrait aussi intervenir en augmentant les taxes pour les moyens de transport utilisant le diesel, qui font, selon lui, partie des principales causes de la pollution de l’air. Contrôler le marché des voitures d’occasion Le quotidien Shekulli a publié le 4 avril un article intitulé « Pollution, une taxe pour les voitures diesel », qui rapporte que le ministère de l’Environnement est en train de tenter de faire quelque chose pour combattre le haut niveau de la pollution de l’air en proposant l’augmentation de la taxe douanière pour les voitures diesel et même une autre taxe pour les voitures utilisant de l’essence au plomb. Dans le même temps, le ministre de l’Environnement a fait appel à son collègue en charge des Finances pour définir une année limite de production pour les voitures dont on permet l’entrée dans le pays. Suite à cela, le ministre des Finances, Arben Malaj, a rencontré le 6 avril dernier les représentants des concessionnaires automobiles, qui ont proposé de ne faire entrer que des voitures âgées de 5 ans. Pour les concessionnaires, c’est le bon moment pour faire pression sur le gouvernement, dans le but d’éliminer le commerce individuel des voitures d’occasion qui pénètrent le pays en contournant le système fiscal qui régule cette activité. Selon les concessionnaires plus de 80% du commerce automobile en Albanie est une activité illégale, qui cause à l’État albanais chaque année une perte de près de 3 millions de dollars. Danger pour la santé publique Une des conséquences majeures de la pollution de l’air de la capitale albanaise touche naturellement la santé publique. La directrice de l’Hôpital des Maladies Pulmonaires de Tirana, Anila Aliko, affirme que le coût de ce désastre écologique se fera sentir dans les années à venir et les personnes les plus exposées seront celles qui souffrent de troubles cardiaques et pulmonaires. Selon elle, il faudrait commencer dès maintenant à contrôler les zones les plus polluées du pays comme Tirana et Elbasan. Les autres spécialistes du secteur de la santé publique disent que la pollution de l’environnement a fait augmenté le taux de mortalité de près de 20%. Selon les dernières statistiques, les maladies du système respiratoire figurent au troisième rang des causes de décès, avec 48 cas pour 100 000 habitants. Selon le dernier rapport en 2003 de l’ISTAT (Institut des Statistiques) albanais, il n’existe en Albanie aucune politique qui pourrait éliminer la cause de la pollution. Aucune politique fiscale ne s’applique pour interdire l’entrée des vieilles automobiles dans le pays ni aucune taxe écologique qui pourrait pénaliser les principales causes de la pollution, comme le secteur de la construction et celui des transports. Un article de Shekulli, daté du 6 avril et intitulé « L’écocide, syndrome de la transition », affirme que l’isolement de l’Albanie durant le régime communiste avait au moins rendu possible le maintien de l’environnement dans un état plutôt satisfaisant, le pays n’ayant pas connu de véritable phénomène d’industrialisation. Pourtant, la classe dirigeante albanaise postcommuniste a manqué de responsabilité et de projection dans ses stratégies de développement du pays, ce qui nous a conduit à une situation catastrophique de l’environnement dans les villes. Une des conséquences de cette situation est que les enfants albanais grandissent dans des villes sans espaces verts ni espaces de jeu, sans infrastructures et avec des routes désastreuses. Selon l’auteur, tout ce scénario de villes massacrées par les abus et le chaos crée les prémisses du syndrome d’urbanicide. Quelques données Selon les données de l’Institut des Etudes sur l’Environnement, une institution non gouvernementale, Tirana et les autres villes albanaises sont très polluées, surtout à cause des hautes concentrations des poussières LGS et PM 10 dans l’air. En 2003, la qualité de l’air a été surveillée dans 12 stations, 5 à Tirana, 2 à Elbasan (vieux centre industriel), 1 à Shkodra (Nord), Durres, Fier, Vlora et Korça (Sud-Est). La concentration de LGS atteint 995µg/m3 à Tirana, 416µg/m3 à Elbasan. La norme albanaise est de 140µg/m3, et celle de l’OMS de 90µg/m3. La poussière inhalable PM 10 est un des pollueurs les plus problématiques de l’air de Tirana. La concentration de cette substance dans l’air dépasse toutefois de 1.5-8 fois les normes établies par l’OMS (63-483µg/m3 contre les 50-60µg/m3 consentis). Selon les données récentes de l’OMS, communiquées pendant un colloque sur la qualité de l’air tenu à Tirana le 15.04.2004, la concentration à un niveau de 80 -200 µg/m3 de PM 10 dans l’air augmente de 10-20% le taux de mortalité de la population. Dans les graphiques de l’Institut des Etudes sur l’Environnement, Tirana se range parmi les villes les plus polluées du monde, derrière New Delhi et Pékin, et devant de grandes villes comme Sao Paolo, Mexico, Athènes, Los Angeles, Madrid, Budapest et Bucarest. La conclusion de cet Institut est que comparé aux autres villes de l’Europe et du monde, l’air de Tirana peut être considérée comme très pollué. Selon le rapport, la législation sur l’environnement qui concerne les émissions de gaz doit être radicalement améliorée. Recherches apparentées :
Recherches constructeurs :
Sources :
Le courrier des Balkans
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31 juillet à 15h55
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